L’aronde Organisation collective / Été 2019

Dans toute organisation, il y a la théorie et la pratique. Parfois la réalité ressemble beaucoup à ce ce qui est écrit dans les statuts, le règlement intérieur ou les designs relationnels, et parfois il y a un certain écart.

Parfois aussi ça change : à l’Aronde, ces derniers mois on a rencontré ce genre de changement.

 

Depuis le printemps 2019 en effet plusieurs données plus ou moins nouvelles et prévisibles se sont présentées à nous :

– La charge de travail, et plus précisément de travail manuel, a beaucoup augmenté. Avec la nouvelle montée de sève au jardin et au champ, et avec surtout la mise en route du chantier du premier gros bâti, le temps bénévole disponible au sein de la coop’ et de l’asso a été très sollicité par les opérations les plus concrètes. Suivre les mails, coordonner les retrouvailles, s’accorder sur des plans et des principes, consacrer du temps aux réunions et aux autres questions « méta » : par conséquent, forcément tout cela n’est plus pareillement possible, de base.

 

– La coopérative traverse une zone de turbulence. Étant tou-te-s engagé-e-s dans le projet depuis longtemps à présent, et avec des investissement forts en temps et en finances, nous avons bien sûr tou-te-s à coeur de nous y retrouver vraiment, et avec l’avancée du projet les perspectives se précisent. Des lignes de tension se font jour sur la vision et dans le vécu : sommes-nous encore tou-te-s bien d’accord à la fois sur ce que nous voulons pour la suite, et sur les façons juste de l’incarner dès à présent ?

 

– Nous ne voyons pas tou-te-s nos modes d’organisation du même œil, par exemple. Indispensables et soutenants pour les un-e-s, les temps de réunions et les modes de facilitation sont questionnés par les autres… et à certains moments, ce point s’ajoutant aux deux précédents et les disponibilités étant très hétérogènes, certain-e-s de nous se trouvent totalement absorbés par leurs (différents) ouvrages et se trouvent incapables de contribuer au collectif.

 

– D’autres énergies se présentent. Avec la possibilité d’inclusion au sein du groupe, une nouvelle venue en cours d’intégration et d’autres candidat-e-s à rencontrer (au moins jusqu’en juillet), le groupe au coeur du projet lui-même paraît d’autant plus mouvant. Et c’est l’été, il y a des voyageur-euse-s : ami-e-s, wwoofeur-euse-s, colibris, chercheur-euse-s de « Suite du monde » débarquent en camion ou à vélo pour donner la main au chantier… et sont aussi là dans les temps de réflexion, contribuant forcément aux orientations collectives (même avec l’attention portée à distinguer les engagements de chacun-e dans la parole, et à la cadrer strictement parfois).

 

Avec tous ces éléments, nous sommes rentré-e-s dans une période de pilotage « ajusté à vue ». Nous n’avons pas célébré l’aboutissement du dernier « rêve du dragon », ni relancé une autre période ; nous n’avons pas poursuivi la régularité des réunions de triage, ni revisité notre « gouvernance » et l’agencement des différents cercles ; nous n’avons pas détaillé le calendrier des présences de l’été ni même trouvé un seul moment où être tou-te-s réuni-e-s en présence. Tout semblait trop complexe et changeant.

Ainsi juste après avoir finalisé l’écriture de notre charte, qui détaillait le « comment » de notre organisation collective, celle-ci se trouve bouleversée. Et au coeur de l’été, elle le sera plus encore par l’annonce de la séparation d’un des couples les plus engagés dans le collectif : Pat et Meli, les « maraîcher-e-s de l’Aronde » réfléchissent pendant quelques semaines à la façon dont ils vont pouvoir continuer à cheminer ou non au sein du collectif, autrement… et finalement décident de le quitter tou-te-s les deux ! Nous n’avons pas fini d’en intégrer les conséquences.

 

Et pourtant, quelque chose d’essentiel a tenu bon en dépit des processus carrés. Les liens interpersonnels ont été entretenus avec attention, et un « jardin du Nous » a pu avoir lieu, où nous sommes allé-e-s plus loin que jamais – me semble-t-il – dans la direction d’une conscience collective et d’une prise de responsabilité personnelle. L’entraînement à la reformulation, à l’empathie et à la compréhension mutuelle se poursuit, et la bienveillance continue à progresser même au sein des tensions et des crises – qui sont justement aussi une façon de l’exercer pour de bon, d’approfondir même la qualité des relations lorsqu’on parvient à en dénouer les tenants et les aboutissements.

Plusieurs réunions collectives ont eu lieu en marge du chantier, complètement impromptues ou avisées un peu à la volée. La facilitation et le secrétariat ont circulé de façon aléatoire et elles se sont déroulées diversement, mais dans l’ensemble elles ont répondu aux besoins présents de façon adéquate, attentive à chacun-e, profonde et sympa. Les échanges spontanés autour de la bétonneuse, des repas et des soirées à l’abri Martin-e continuent tout autant à faire de nous un collectif « en vrai ».

À l’échelle de la coopérative, nous avons continué à observer avec attention le processus d’inclusion en cours, et nous sommes confronté-e-s à une expérimentation de sortie un peu bousculée mais relativement respectueuse tout de même, qui va nous aider à construire un processus plus formel là aussi. Le tableau de triage est toujours là, prêt à servir de nouveau si le processus-là se retrouve propice à nouveau pour l’hiver, punaisé par-dessus un tout nouveau panneau qui présente les essentiels de nos principes communs (avec la charte) et un fonctionnement économique pour les accueils de passage. Notre « culture des précédents » s’enrichit donc largement de ce premier véritable été de l’Aronde.

 

Dans une « architecture collective », parfois une tempête emporte le toit, un géant change la place des murs… c’est là qu’on voit si nos fondations sont solides : si les liens humains entre nous tiennent bon, si certains principes communs de conscience émotionnelle et de parole collective sont intégrés, alors on arrivera bien à se retrouver dans ce qui sera reconstruit au même endroit.

À l’Aronde, un nouveau cycle de « Rêve du dragon » va s’engager plus spécifiquement sur la question du maraîchage, et nous sommes tou-te-s curieux-ses, je crois, de voir comment le collectif va grandir encore ces prochains mois.

 

Amans, 11 septembre 19

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