Un projet d’écolieu, avant même d’être des plantations, des constructions, des activités publiques, c’est un collectif qui s’accorde pour les mettre en œuvre. De même qu’avant de bâtir une maison il faut faire un plan, c’est énorme, et que pour faire ce plan il faut déjà en avoir le désir et en trouver les moyens, et c’est pas rien non plus !.. de même, avant toutes les merveilles déjà visibles et futures du projet de l’Aronde, il y a eu un gros taf invisible.

Bien sûr cet ouvrage discret a une dimension basiquement administrative. Le montage de projet, la communication externe et interne pour rassembler et relier un groupe, la gestion courante et la comptabilité, la réalisation des multiples démarches auprès des assurances, des banques ou des pouvoirs publics pour en arriver au point où nous en sommes représentent des semaines et des mois de travail déjà, étalé sur plusieurs années (les premiers ferments d’Aronde datent de 2013). Ce pourrait être intéressant à raconter, car il y eu déjà beaucoup de beaux moments ! Mais c’est un peu notre préhistoire, et elle se transmet plutôt à l’oral. Une vingtaine de personnes y ont contribué avant que le groupe actuel se trouve constitué. Beaucoup sont encore aujourd’hui dans l’association, et l’on peut les saluer au passage : merci à tou-te-s !

En 2017, lorsque le cercle actuel de futur-e-s habitant-e-s s’est constitué, nous avons tou-te-s pris l’engagement de faire partie du projet pendant au moins 3 ans, afin de constituer un noyau solide pour donner à notre ouvrage le temps de se mettre sur pied. Avant ça, une période « test » de 3 mois, pendant laquelle nous avons échangé des tonnes de mails et nous sommes réuni-e-s 4 ou 5 grandes fois, dont une semaine entière partagée dans un gîte (non loin de chez nous, chez Béatrice et Michel, magnifique lieu https://notre.guide/lavilleheleuc 🙂 nous a permis de commencer à nous connaître et de poser les premières bases nécessaires en terme de valeurs, de grandes lignes d’intentions et de premiers mouvements à engager : le minimum pour pouvoir faire le plongeon ensemble.

Dès cette période test aussi, nous avons commencé à expérimenter trois approches pour nous aider à « cultiver le nous », à agencer une organisation saine, à construire un projet collectivement de façon aussi efficace que possible, avec les principes qui nous tiennent à coeur (comme la plupart des gens) : bienveillance, coopération, autonomie, responsabilité… Ça ne va plus de soi, la douceur, quand on est « dans le dur » ! Avec le concret d’un projet si conséquent, en terme de masse de travail (bénévole !) et en terme d’implication personnelle (vu qu’on va vivre tou-te-s côte côte ensuite pendant des années), c’est bon d’avoir du soutien méthodologique ! Trois brefs articles présentent ci-dessous ces trois approches.

Au départ l’un d’entre nous, dont le métier était justement la facilitation collective, a beaucoup impulsé dans ce sens là. Mais il était aussi le « 1er lien » du groupe (c’est-à-dire que c’est lui qui avait rassemblé le 1er cercle, et portait la vision initiale du projet), et c’est difficile à cumuler avec le rôle d’animateur ! et heureusement plusieurs autres étaient initié-e-s aussi à tout cela, alors la construction de notre « intelligence collective » a pu très vite se partager. Ainsi, à présent, toutes nos réunions collectives sont facilitées et secrétées, chaque fois par deux personnes, et ces rôles sont tournants entre tou-te-s. Nous avons commencé à poser les bases d’un système relationnel complexe, en nous appuyant sur les géniaux principes des cercles et de la justice restauratives… qu’on présentera aussi volontiers ici plus tard, quand on aura plus avancé dessus !

Amans Gaussel membre de l'Aronde est également un des fondateurs de la Dynamo. La mission de la Dynamo se résume depuis la création du collectif dans cette formule : "Le collectif, une chance à cultiver !" Notre intention essentielle : "Mieux agir ensemble" dans une perspective de transformation sociale et personnelle. Faciliter, communiquer, apprendre, s'organiser autrement : tout joue ! Le site: http://www.cooperative-la-dynamo.fr/

Toute cette organisation s’appuie aussi, du point de vue institutionnel, sur une structure juridique, et la façon dont nous tentons de la vivre avec plus ou moins de souplesse. Nous concernant, nous partageons en fait deux personnes morales : 

 – une coopérative d’habitant-e-s, statuts d’entreprise dédiés à ce type de projet qui existent depuis la loi Alur. En l’occurrence, c’est une base de SAS, société par actions simplifiées. Nous avons rédigé les statuts nous-mêmes, en nous inspirant de ceux du Village vertical. Nous l’avons fait sans aide extérieure, par souci d’économie et d’efficacité (car suite à une négociation intéressante, il fallait pouvoir conclure assez vite la vente d’un premier terrain avec cette propriété collective constituée)… ce qui nous a valu d’avoir à publier des correctifs coûteux pour être validé-e-s par la chambre de commerce ! Ça peut être chouette d’être accompagné-e-s dans ce genre d’ouvrage, ou d’avoir de plus solides compétences que nous en la matière. Dès qu’on constitue ce genre de sociétés, la tâche administrative et les coûts s’amplifient de beaucoup ! Mais ça permet d’avoir un outil solide, fiable pour l’extérieur et sécurisant aussi à l’intérieur, pour la gestion légale d’une propriété collective, y compris tous les flux de capitaux que ça implique. 

 – une association loi 1901, qui était constituée dès avant pour le montage du projet, et qui est actionnaire de la coop’ au même titre que chacun-e des membres habitant-e-s. À terme, il s’agit de donner aussi voix et copropriété au collectif d’usager-e-s des parties communes publiques et d’activités. Il y a des personnes qui n’ont pas vocation à habiter sur place mais qui ont leur mot à dire sur la façon dont ça se passe ! Pour le moment, cette dimension est plutôt virtuelle, encore que le terrain n’est plus tout nu, et que c’est déjà une activité associative de venir mettre la main au jardin.

En 2018, il y a donc neuf parts égales dans la coop’ de l’aronde, co-propriété modeste puisque chacun-e n’a engagé que 200€ de capital. L’essentiel du financement (en attendant que nous puissions bénéficier peut-être de nouvelles subventions, après celle du Conseil général, ou d’un emprunt à la NEF) est consenti à la coopérative sous forme de comptes courants, qui seront remboursés lorsque les contributions versées par les « propriétaires-locataires » commenceront à dépasser les dépenses courantes, ce qui ne pourra avoir lieu bien sûr qu’après les actuels premiers efforts d’investissement.

Nous sommes en train de définir les processus d’entrée et de sortie de la coopérative, car nous avons hâte que d’autres énergies viennent se joindre à nous ! Et pour ça, la première étape en tout cas, c’est bien sûr d’adhérer à l’association, comme ça peut se faire en quelques clics depuis ce site… et de venir nous rencontrer un de ces lundis sur le terrain, pour donner un premier coup de main ! Après ça, à voir si l’envie d’aller plus loin est là…

Avant tout, notre « architecture relationnelle » s’invente au quotidien aussi bien sûr, pendant les chantiers, les apéros ou les covoiturages… et se nourrit de tous les échanges et la mémoire des expériences partagées ensemble ! Ce qui est parfois – à mes yeux – presque aussi tortueux qu’un réseau d’assainissement public, et parfois encore plus beau qu’une cathédrale…

La communication consciente

Aussitôt que nous avons eu quelques jours ensemble, nous avons demandé à une amie formatrice du coin (Sonia Chevrel communicationconsciente.fr), qui avait en plus l’expérience de plusieurs années de vie dans un écolieu collectif, de venir animer une journée pour nous autour de sa pratique.
Plusieurs de nous étaient convaincu-e-s que l’investissement en valait bien la peine dès le début du projet, car nous savions que non seulement ça nous donnerait quelques éléments de base pour nous aider à nous comprendre et à ne pas laisser trop de tensions personnelles prendre le dessus sur l’intérêt collectif, mais aussi ça nous permettrait de nous connaître mieux, de partager ensemble nos façons d’être et de penser de façon plus authentique et profonde, dans un cadre sécurisé. Certain-e-s autres n’avaient jamais entendu parler de ce genre d’approche, mais après la journée, tout le monde a été d’accord pour dire que c’était une bonne idée de faire ça !

Directement inspirée de la CNV (CommunicationNonViolente fondée par Marshall Rosenberg), la communication consciente est une méthode qui vise pareillement à créer entre les êtres humain-e-s des relations fondées sur l’empathie, la compréhension, le respect de soi et des autres… et en cas de crise, on peut éventuellement s’en servir comme d’un « outil » pour aider à la résolution de conflits. Notre formatrice, inspirée en particulier par Jean-Philippe Faure (voie-de-l-ecoute.com) a mis plus spécialement l’accent sur la conscience émotionnelle et la recherche sensible des besoins vivants, les énergies fondamentales qui nous font du bien, que sur le processus « OSBD » plus techniquement (Observation des faits et discernement des jugements et interprétations, Sentiments qui peuvent facilement se confondre avec des « évaluations masquées », Besoins qui peuvent s’incarner dans de multiples stratégies, élaboration d’une Demande concrète et précise à l’autre ou à soi-même).

            Nous avons passé la journée à jouer à nous exprimer et à nous écouter, par deux, tou-te-s ensemble ou en solo, dans un rythme tenu mais très paisible qui a fait du bien à tout le monde ! La recherche d’authenticité et de paix s’est poursuivie ensuite, même si pendant les orages c’était moins net… on ne devient évidemment pas des « super-girafes » juste avec une journée de formation (la girafe c’est le personnage qui a si bien développé son empathie qu’elle sait reconnaître les besoins qui s’expriment même quand un « chacal » lui crie dessus… cf les vidéos d’Isabelle Padovani par exemple, facile à trouver sur internet, ou le blog-là : cnv-apprentiegirafe.blogspot.com).

Le rêve du dragon

Un peu après avoir découvert la CNV, nous avons voulu faire une autre journée de séminaire, pour avancer un peu plus concrètement et tout aussi collectivement sur le montage de projet. Pareil, deux d’entre nous ont pensé alors au Rêve du dragon, et les autres ont bien voulu leur faire confiance. Emma Jaquess (qui fait partie du collectif d’intervenant-e-s de revedudragon.org ), facilitatrice de Nantes, est venue jusqu’à la petite salle polyvalente de Languédias pour nous accompagner.

Le rêve du dragon est une méthodologie structurée et structurante qui permet de réaliser des projets et de créer des organisations de manière créative, collaborative et durable – à condition qu’elles soient alignées sur l’émergence d’un nouveau paradigme humain, conscient et responsable : ça tombe bien, c’est le cas de notre projet !
Ce jour-là, nous avons encore approfondi notre conscience du pouvoir de la célébration : le fait de prendre le temps de partager vraiment ce que nous apprenons, ce que nous voulons remercier et ce qui a été difficile dans le chemin parcouru, ça nous aide à aligner nos prochains rêves sur ce qui nous est le plus joyeux et le plus utile. Nous avons commencé à saisir aussi ce qui pouvait se jouer de brutal ou en tout cas de changeant dans le passage de l’imaginaire au concret, et du singulier au collectif. Tout projet passe en effet par ces 4 phases : REVE (impulsion/intention/ visualisation…), PLAN (design/organisation…), ACTION (réalisation/gestion…) et CELEBRATION (réjouissances et partage mais aussi ouverture/diffusion/ évaluation/évolution…) : et chacune est nécessaire pour qu’il soit pérenne.

Nous nous sommes imaginé-e-s dans l’avenir, comme si nous avions déjà réussi à accomplir le plus chouette projet de notre vie, et même si nous avons gardé un peu de doutes quand à notre capacité à y parvenir, nous avons tout de même pu construire grâce à ça un plan d’action qui nous a guidé jusqu’à aujourd’hui. Ça a pu jouer aussi dans la prise de conscience qu’il faut accepter le deuil de certaines des dimensions personnelles insuffisamment partagées, pour pouvoir avancer ensemble.

Enfin, ça a poursuivi le travail de communication consciente : faire confiance aux possibilités de trouver des solutions « gagnant-gagnant », appeler le silence (l’outil « Pinakarri ») pour approfondir l’écoute, veiller aux intuitions et aux ressentis…

L’holo-organisation

On n’a pas encore fait venir d’intervenant-e-s extérieur-e-s sur ce sujet, qui est pourtant essentiel aussi : on a seulement commencé à expérimenter un peu avec ce que nous connaissions en interne (mais plusieurs d’entre nous connaissent un peu la sociocratie, et il y en a un qui fait des formations sur les gouvernances organiques jusque dans des collectifs « agiles »). Là aussi, ce que nous appelons « holo-organisation » est largement inspiré par un truc qui se vend sous copyright : l’holacracy (cf igipartners.com/). Nous avons même une version libre de constitution, qui présente sommairement les processus de ce système d’organisation collective fondé sur la clarification et la distribution des « autorités ». À l’Aronde cependant, nous n’avons installé pour l’instant que quelques éléments de base : faute de temps et d’envie, nous n’avons pas encore essayé d’ajuster tous nos processus de réunions, de détailler tous les cercles et surtout de les rendre plus évolutifs, de partager un vrai système d’organisation personnelle, etc

Mais quand même, à partir du premier cercle que nous avions constitué, nous nous sommes donné des règles qui nous correspondent pour ses rôles structurels et ses principes. Nous avons collectivement vu s’ajuster sa raison d’être, et nous avons défini des sous-cercles cohérents pour les différentes missions (en s’inspirant de ce qui avait été défini dans le rêve du
dragon 🙂 Nous avons commencé à goûter à des processus de prises de décision collectives au consentement et en autonomie sur les dimensions opérationnelles, avec recueil d’avis. Pour l’instant la culture du consensus est encore importante pour beaucoup d’entre nous, et on pourra gagner en efficacité peut-être au fur et à mesure qu’on gagnera en confiance et en sécurité sur les fondements du projet. Voilà en image comment ça s’est dessiné mi-2018 :

Ça donne envie de nous rejoindre non ? Ça tombe bien on cherche à recruter du monde, on a plein de tâches à accomplir qui ne demandent pas mieux que de nouveaux bras pleins de tendresse, des têtes musclées et des coeurs bien trempés !

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